Années 80. Tandis que certains se goinfraient de pop sucrée ou se déhanchaient sur des synthés flashy, le thrash montait tranquillement ses canines dans les bas-fonds. Metallica, Master of Puppets sous le bras, arrive à un moment clé : 1986, sommet de l’âge d’or du thrash métal. À cette époque, des groupes comme Slayer, Megadeth ou Anthrax imposaient leur loi. Mais si tu veux comprendre pourquoi Metallica s’est hissé au-dessus de la mêlée, il faut revenir à cet album charnière.
Master of Puppets, sur le label Elektra Records, est le troisième album studio du groupe. Ça pèse déjà lourd : Metallica avait déjà marqué les esprits avec "Kill ‘Em All" (1983) et "Ride the Lightning" (1984). Mais là, ils tapent plus fort. Ils peaufinent leur son, approfondissent leur écriture, et flirtent avec des concepts plus sombres, plus denses.
Surtout, n’oublions pas le contexte dramatique : cet album est le dernier enregistré avec Cliff Burton, le légendaire bassiste, avant sa mort tragique en septembre 1986, dans un accident de bus en Suède. Cliff a injecté dans "Master of Puppets" son talent unique et sa formation classique, contribuant à des compositions à la fois complexes et brutales.
Dans les années 80, enregistrer un album métal qui ne sonne pas comme un tas de casseroles, c’était déjà un défi. "Master of Puppets" a été produit par Flemming Rasmussen, également derrière "Ride the Lightning". Sous ses doigts, Metallica atteint une qualité sonore impressionnante pour l’époque. Chaque riff tranche comme une lame, chaque note s’imprime comme un coup de poing.
Les guitares d’Hetfield et Hammett sont profondes, abrasives mais cristallines. Lars Ulrich, souvent critiqué pour son jeu live discutable, livre ici sans conteste l’une de ses meilleures performances en studio. Quant à la basse de Cliff Burton… Si tu montes bien ton volume, tu sens chaque vibration parcourir ta colonne vertébrale. Écoute le break de "Orion" si tu veux comprendre de quoi je parle – une symphonie de basse transcendante.
Les paroles de "Master of Puppets" ne sont pas là pour faire joli ou servir de remplissage entre deux riffs. Ici, Metallica aborde des thèmes lourds : l’addiction à la drogue ("Master of Puppets"), la guerre et ses ravages ("Disposable Heroes"), la maladie mentale ("Welcome Home [Sanitarium]") ou encore l’oppression et la manipulation ("Leper Messiah").
Et ce n’est pas que le fond qui tape fort : la forme est tout aussi percutante. On ne parle pas d’un album fait de couplets basiques et de refrains catchy. Ici, les morceaux explorent des structures progressives. L’exemple le plus flagrant ? La chanson éponyme "Master of Puppets", avec ses 8 minutes de montée en puissance, ses changements de tempo et son fameux break mélodique qui calme le jeu... avant de te balancer à nouveau en pleine face une décharge électrique.
Il est littéralement impossible de parler de cet album sans mentionner ses riffs. James Hetfield, le riffmeister en chef, est au sommet de sa créativité. Cette intro surpuissante sur "Battery", le galop implacable de "Master of Puppets", les mélodies désespérées sur "Orion"… Chaque titre regorge de passages mythiques qui te donnent envie de secouer violemment la tête – et le mobilier avec.
Pour toi qui cherches une anecdote bien croustillante : selon le livre "Metallica: The Complete Illustrated History" de Martin Popoff, le riff principal de "Master of Puppets" a beau paraître simple, il est joué en downpicking (ne jamais relever le médiator). Essaie ça pendant 8 minutes, et on reparle de tes avant-bras.
Dans un album aussi furieux, on pourrait s’attendre à ce que tout soit taillé pour te mettre en pièces. Mais "Orion" calme le jeu… enfin, presque. Ce instrumental entièrement composé par Cliff Burton est un véritable ovni. Alternant passages épiques, lignes de basse hypnotiques et explosions harmonieuses, cette chanson cristallise l'empreinte de Burton sur le groupe, et reste à ce jour un testament de son génie musical.
Quand tu crées un chef-d’œuvre, il ne reste pas coincé dans les cages étroites d’un genre. Avec "Master of Puppets", Metallica crève les plafonds. L’album a vendu plus de 6 millions d’exemplaires rien qu’aux États-Unis et a été enregistré au Grammy Hall of Fame en 2015. Pas mal pour un truc qui tape à 220 BPM, non ?
Et ce qui est dingue, c’est son influence qui ne faiblit pas, même presque quarante ans après sa sortie. Regarde la série "Stranger Things" en 2022. Le solo de guitare d’Eddie Munson sur "Master of Puppets" a propulsé la chanson dans les classements numériques comme si elle venait de sortir. Cette popularité résiduelle prouve que l’album reste aussi pertinent maintenant qu’en 1986.
"Master of Puppets" n’est pas qu’un album. C’est un tournant, un monument, un manifeste. Il a prouvé que le thrash n’était pas qu’une déferlante brute, mais pouvait aussi être subtil, réfléchi et musicalement ambitieux. Aujourd’hui encore, il reste une référence absolue, que tu sois en quête de riffs outranciers, de complexité ou tout simplement d’un voyage sonore titanesque.
Alors, si tu ne t’es pas encore plongé dans "Master of Puppets", mets de côté tout ce que tu fais, trouve une bonne paire d’enceintes, et écoute. Fort. Très fort. Parce que cet album n’est pas seulement culte : il est éternel.