The Sound of Perseverance de Death : l’éclat final d’une légende trop rarement célébré

Death, mené par l’iconique Chuck Schuldiner, a marqué le death metal à jamais. Pourtant, The Sound of Perseverance, souvent éclipsé par d’autres classiques du groupe comme Leprosy ou Human, mérite une attention particulière. Sorti en 1998, cet album est à la fois un hommage au death metal qu’ils ont contribué à inventer et une odyssée progressive qui dépasse les frontières du genre.

Avec des titres comme “Spirit Crusher” ou le sublime “Voice of the Soul”, on est aux confins d’un métal paradoxal : technique mais organique, violent mais émouvant. Schuldiner pousse ici son chant dans des tonalités plus aiguës, marquant un virage audacieux. L’album peut même se targuer d’avoir influencé des groupes après lui, notamment dans le death technique.

Alors pourquoi est-il moins discuté que les autres ? Simple : à cette période, Death touchait à quelque chose de trop élaboré pour une partie de la scène extrême. Ironie du sort, là où le death metal devenait de plus en plus bas du front, Schuldiner a tiré les rideaux sur un chef-d’œuvre.

Focus de Cynic : le pionnier incompris du death metal technique

Retour en 1993. Cynic sort son premier album, Focus, et pulvérise tout ce que l’on croyait savoir sur le death metal. Cet album est une mosaïque de death technique, de prog, de jazz-fusion et d’atmosphères quasi spirituelles. La présence de vocaux modulés à la vocoder (Paul Masvidal oblige) donne une dimension futuriste à des compositions déjà ultra savantes pour l’époque.

Malheureusement, Focus a été largement incompris à sa sortie. Peut-être que le public death avait du mal à digérer des passages aux sonorités planantes entre deux blasts furieux. Cynic nageait à contre-courant de tendances alors dominées par une brutalité pure.

Mais parlons de son génie : l’album a brisé les frontières entre technique et poésie. Des morceaux comme "Veil of Maya" ou "Textures" sont autant d’exemples que Cynic n’était pas là pour faire du bruit pour le bruit, mais pour articuler une véritable réflexion sonore. Aujourd’hui encore, l’influence de Focus sur la scène prog est incommensurable.

The Work Which Transforms God de Blut Aus Nord : au-delà du black metal

Arrêtons-nous maintenant en France avec Blut Aus Nord, un monument souvent mésestimé. Leur album de 2003, The Work Which Transforms God, n’est rien de moins qu'une œuvre d’avant-garde dans le black metal. Un black aliénant, tordu, qui invoque des sentiments d’isolement et presque de malaise.

Le génie ici, c'est l'atmosphère. L’album mêle riffs dissonants, percussions répétitives et des paysages sonores industriels froids. Des morceaux comme “The Choir of the Dead” ou “Procession of the Dead Clowns” enveloppent l’auditeur dans une spirale infernale. Si des groupes comme Deathspell Omega ont continué de tordre le black metal français, Blut Aus Nord était le pionnier de ce nihilisme sonore si particulier.

Et pourquoi est-il si peu mentionné ? Peut-être parce qu’en 2003, le black metal restait encore très conservateur et n’était pas prêt à accueillir cette étrangeté. Dommage, car cet album est un voyage que tout fan d’expérimentations devrait faire.

Beyond Sanctorum de Therion : là où le death symphonique prenait naissance

Avant d’être les maîtres incontestés du métal symphonique, Therion trempait sans complexe dans le death metal. Beyond Sanctorum, sorti en 1992, est une rareté : un album où l’on sent les échos d’un futur symphonique, tout en gardant le mordant du death metal brut.

C’est ici que Therion a commencé à mélanger des éléments plus mélodiques et à explorer des orchestrations timides, qui deviendront plus tard leur marque de fabrique. Des morceaux comme “The Way” ou “Cthulhu” montrent une ambition démesurée pour l’époque, dans un death metal encore assez rigide. Et pourtant, l’album est resté dans l’ombre, éclipsé par d’autres noms plus « rentables » du style.

Nothingface de Voivod : le thrash transformé en odyssée prog

Quand on pense au thrash, Voivod n’est pas toujours le premier nom qui vient en tête, et c’est une injustice. Leur album Nothingface, sorti en 1989, est un bijou d’avant-garde. Entre l’architecture complexe de morceaux comme “The Unknown Knows” et leur reprise mémorable de “Astronomy Domine” de Pink Floyd, Voivod redéfinit ici ce que signifie être un groupe de thrash.

Le génie de Voivod résidait dans leur capacité à allier une complexité technique à une ambiance presque sci-fi. Pourtant, ce chef-d’œuvre a dû s’incliner devant des mastodontes comme Metallica ou Slayer, bien plus accessibles à une époque où tout devait « bourriner ».

Failure for Gods d’Immolation : la brutalité dans l’ombre

Immolation pourrait être considéré comme l’un des pères spirituels du death metal moderne. Avec Failure for Gods (1999), le groupe livre un album ultra dense, avec des riffs torturés et des structures imprévisibles qui le placent aux confins de l’avant-garde death.

Et pourtant… Pourquoi l’album est-il si souvent éclipsé ? Peut-être parce qu’Immolation a toujours évolué dans l’ombre d’autres géants comme Morbid Angel. Mais aujourd’hui, ce disque est vu comme une pierre angulaire pour tous ceux qui cherchent de la profondeur et de la complexité dans le chaos sonore.

Sentiment d’Anorexia Nervosa : le gothique rencontre les abysses

Peu de groupes ont su marier le symphonique et le black metal comme Anorexia Nervosa l’a fait avec Sentiment en 1998. Cet album est une catharsis glaciale où les orchestrations gothiques s’entrelacent à un black metal furieux et poétique.

Pourquoi donc reste-t-il si rarement mentionné ? Peut-être parce que les grands noms du black sympho comme Dimmu Borgir ou Cradle of Filth ont accaparé toute l’attention dès les années 2000. Pourtant, Sentiment reste une œuvre qui n’a rien à envier aux ténors. C’est noir, c’est lyrique, c’est hautement sous-estimé.

Written in Waters de Ved Buens Ende : l’école norvégienne réinvente le genre

Enfin, comment ne pas parler de l’OVNI Written in Waters ? Sorti en 1995 par Ved Buens Ende, cet album a marqué les débuts d’un black metal avant-gardiste, là où les ambiances inquiétantes et les rythmiques jazzy côtoient des vocaux plaintifs.

Pourquoi est-il si confidentiel ? Peut-être parce que, contrairement aux classiques norvégiens de l’époque (Mayhem, Darkthrone, etc.), il refusait les clichés du genre. Aujourd’hui, on le considère comme une influence clé pour la scène avant-gardiste, mais à sa sortie, il fut accueilli par un silence glacial.

Pour vous, lesquels méritent leur place dans la lumière ?

Ces albums méconnus ne sont qu’une fraction des trop nombreux chefs-d’œuvre qui dorment encore dans l’ombre. Leur marginalité, qu’elle soit due à un timing malheureux, à un public pas encore prêt ou à des choix artistiques trop avant-gardistes, n’enlève rien à leur valeur. Et vous, quels sont les albums oubliés qui devraient briser les murs du silence ? Faites-nous hurler vos réponses.

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